En novembre dernier, ce sont trois étudiantes en sciences et en génie qui ont eu la chance de participer, toutes dépenses payées, au Gender Summit grâce au concours lancé par la Chaire pour les femmes en sciences et en génie (CFSG) au Québec. Voici le retour de Maude Lizaire, étudiante à la maîtrise en physique à l’Université de Sherbrooke, sur son expérience et ses apprentissages sur l’égalité et la diversité des genres dans les sciences, l’innovation et le développement.

De gauche à droite : Maude Lizaire, Édith Ducharme, Myriam Guindon et Eve Langelier

Laissant pour trois jours mon laboratoire du département de physique de l’Université de Sherbrooke, j’ai eu l’occasion de prendre part au Gender Summit au mois de novembre. Cette conférence réunissait autant la classe dirigeante de grandes entreprises, les piliers de l’expertise en étude de l’égalité des genres que la communauté étudiante du milieu des STIM. Première nouvelle, non, il n’y avait pas que des femmes à l’événement! Deuxième constat, nous n’en sommes plus à l’ère de débattre l’importance d’une meilleure représentation des femmes en sciences: c’est un fait. Qui plus est, nous avons également dépassé le stade où la responsabilité d’être vecteur d’un changement nécessaire était reléguée aux groupes minoritaires. C’était effectivement un sommet, car à bien des égards la lucidité et l’efficacité avec lesquelles était traité le problème de l’égalité des sexes dans les milieux scientifiques, d’innovation et du développement allaient bien au-delà de la réalité que je vis quotidiennement.

Pour les sceptiques, cela a maintenant été démontré : la diversité est un gage de performance, de créativité, d’innovation, bref de succès. Toute institution qui aspire donc à l’excellence, qui se veut compétitive dans son domaine se doit de faire de l’inclusion un enjeu clé de son organisation. La diversité n’est pas un projet, elle devrait être partie intégrante d’une culture de travail dans une optique de réussite. Un changement efficace et durable requiert certainement la contribution de tous les acteurs en jeu. Cependant, la profonde conviction et, surtout, la responsabilité de veiller au progrès doivent être portées par les hautes instances.

Dans le domaine de la physique, les biais inconscients, la menace du stéréotype ou encore le syndrome de l’imposteur constituent des obstacles auxquels les groupes minoritaires comme les femmes sont largement plus exposés. Qu’en est-il alors d’évaluer deux dossiers « à compétences égales »? Établis à une époque révolue, les critères de performance en recherche jalonnent l’issue d’une carrière sans égard à l’émergence de nouveaux profils dans le domaine. Le nombre de publications trône au sommet de la pyramide des critères où les parcours multidisciplinaires empreints d’implication sociale et d’une gestion de responsabilités variées sont mis de côté. Qu’advient-il alors de la notion d’égalité des chances? L’établissement de mesures tels les quotas et les bourses dédiées à certains groupes soulèvent des débats en raison du sentiment d’injustice qu’elles éveillent. Ne serait-il pas temps de collectivement prendre conscience des réelles iniquités en jeu ? Le simple fait de soulever ces questions lève le voile sur certains mécanismes systémiques auxquels sont confrontées les minorités et qui nous exposent à la fuite de talents indispensables.

Cette prise de conscience en main, je suis retournée à mon laboratoire du département de physique de l’Université de Sherbrooke avec l’espoir d’en éveiller d’autres. Plus à même de distinguer les obstacles, les mesures à prendre et la portée limitée de mon pouvoir à façonner un milieu de travail à l’image du Gender Summit. Un réel changement ne prendra forme que s’il est orchestré par la tête des institutions. Nombre d’entre elles l’ont déjà compris et cette expérience m’aura insufflé la conviction de les choisir pour m’y exercer, car la diversité sera un gage de mon succès.

Maude

Gender Summit 11 : l’expérience de Maude
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